Les Plumes chez Emilie

Petit jeu d’écriture proposé par Emilie Berd.

Le thème proposé pour la collecte de mots est le suivant : Séparation

Voici les mots : Accompagner – Divorcer – Cloisonner – Maîtrise – Milieu – Enfant – Oubli – Rivière – Canalisation – Barrière – Distance – Liens – Rompre – Sourire – partager – Ornithorynque – Frontière – Filer – Femme.

************

« Je me souviens… »

Il est de ces souvenirs qui ne s’oublient pas. De ces souvenirs qui flottent sur la frontière entre l’enfant et la femme que j’allais devenir.

Je me souviens encore de ce sourire que tu voulais toujours maîtriser, mais qui ne m’échappait pas, de ce plaisir de partager avec toi ces après-midi d’été au bord de la rivière. Je me souviens de ce premier baiser volé, alors que tu m’accompagnais sur le chemin du retour, de cette barrière qui semblait vouloir garder cette distance réglementaire entre nos corps affamés. Je me souviens avoir filé, le cœur battant, trébuchant sur une canalisation apparente sur le chemin, juste après que nous ayons fait l’amour. Notre première fois qui signifiait pour moi, que rien ne pourrait rompre le charme qui avait opéré. Même au milieu de nulle part, je pensais que tu serais toujours à mes côtés.

Pourtant, au fil du temps, les années nous ont cloisonnés chacun de notre côté, les liens se sont effilochés et nous avons malheureusement divorcé.

*Pas de place pour Ornithorynque.

Les Plumes chez Emilie

Petit jeu d’écriture proposé par Emilie Berd.

Le thème proposé pour la collecte de mots est le suivant : Vert

Voici les mots : Tendre – Jardiner – Émeraude – Rayon – Arbre – RenouveauEspérance Graine – Peur – Chapeau – Danser – Soleil – Mousse – Ménager – Mine .

« Il suffit de croire au Renouveau… »

Du plus profond que je me souvienne, j’ai toujours eu un faible pour les jardiniers. Et celui qui s’agitait devant moi, réveillait toutes mes espérances. Je faisais mine de ne pas le voir, mais je l’observais déjà depuis un bon moment, justement en train de jardiner.

Il paraissait assez grand, portait un large chapeau de paille et taillait avec délicatesse un petit arbre aux feuilles encore tendres.

J’étais fascinée, hypnotisée par ses muscles qui semblaient danser sous sa chemise. Il se tenait là, campé devant moi à agiter ses fesses, les jambes biens ancrées dans le sol.

Je dois vous avouer que si il m’avait invitée à m’allonger à ses côtés sur un lit de mousse, à l’abri du soleil, j’aurais peut-être un peu rougi, mais je n’aurait pas dit non !

C’est alors que cette phrase résonna en moi, comme si c’était hier…

« C’en est d’la graine celle-là ! Elle a peur de rien la gamine ! »

Au même moment, je distinguais furtivement son regard vert émeraude dans un raie de lumière… Un véritable conte de fée me direz-vous !

Hélas, quelqu’un arriva , se saisit brutalement de mon charriot, et m’abandonna , moi et ma monture dans un salon climatisé ou régnait une odeur d’urine mêlée à celle de produits ménagers. Le pire, c’est qu’on m’avait placée dos à la fenêtre.

Ainsi, il en fût terminé de mes phantasmes d’octogénaire…

Les Plumes chez Emilie

Petit jeu d’écriture proposé par Emilie Berd.

Le thème proposé pour la collecte de mots est le suivant : Chocolat

Voici les mots : Broyer – Douceur – Cabosse – Tablette – Emballage – Noir – Suranné – Fou – Déguster – Câlin – Chaud – Prescrire – Pâtisserie – Plaisir

Ersatz…

Alors qu’elle se rapprochait de sa pâtisserie préférée, elle se remémora cette bulle de douceur où elle savourait le bien-être de rester au chaud, aux creux de son épaule, ces moments câlins après l’amour qu’elle aimait temps.

Aujourd’hui, cet amour était devenu complétement suranné.

Après avoir broyé du noir pendant des mois, après avoir pris le temps de panser ses cabosses douloureuses, elle essayait d’appliquer ce qui lui avait été prescrit : prendre du plaisir coute que coute.

Elle se dépêcha de choisir sa tablette, paya rapidement, se sauva, son trésor au fond de son sac. Son rythme cardiaque accélérait au rythme de ses pas.

Une fois à l’abri des regards, elle caressa l’emballage doré. De ses doigts tremblants, elle écarta délicatement le papier, effleurent sensuellement les premiers carrés parfumés. Instantanément, son bas ventre se contracta, laissant monter en elle, comme de chaudes et longues vagues. Elle porta la gourmandise à ses lèvres et commença à la déguster précieusement. Le craquement sous ses dents s’accompagna d’une monté de jouissance. Quand le carré fondit sous sa langue, vous allez trouver cela totalement fou, mais elle laissa échapper un long gémissement de plaisir.

Les Plumes chez Émilie : 03-21

Petit jeu d’écriture proposé par Emilie Berd.

Le thème proposé pour la collecte de mots est le suivant : Carnaval

Voici les mots : Annulation – Élève – Masquer – Monde – Brûler – Beignet – Femme – accueillir – Fou – Oser – Carême – Char – couleur – Culture.

« Comfort food« 

Il venait de recevoir un sms d’annulation :  » Désolée, mais je ne viendrais pas ! « 

Le numéro indiqué lui était totalement inconnu et il se demandait bien qui lui avait adressé ce message et même si il lui était vraiment destiné.

Était-ce une blague de l’un de ses élèves ? Ou bien encore cette femme qui l’avait bousculé à la bibliothèque. Il avait bien remarqué les couleurs à ses joues quand il avait accueilli ses excuses d’un regard froid et distant. Elle lui avait semblé troublée. Comment s’appelle-t-elle déjà ? Char quelque chose… Charline ? Charlène ? Charlotte ? Ne sachant se décider il chassa ses pensées d’un revers de main. Ça le rendait fou… Ses trous de mémoire s’accentuaient de jour en jour et il redoutait l’instant où toute sa culture fileraient entre les méandres de son cerveau et où il ne reconnaitrait même plus le monde où il évolue. Jusque là, il avait réussi à masquer ses absences, mais il se rendait bien compte qu’à force d’avoir brûlé la vie par les deux bouts, il paierait cher ses excès.

Plus il relisait le message, plus il s’agaçait et plus l’angoisse l’envahissait. Il n’osait même pas répondre d’un point d’interrogation.

Aux grands maux les grands remèdes. Pour s’apaiser, il se mit à réciter tel un mantra, ces quelques vers de Maurice Carême…

 » Prenez du soleil
Dans le creux des mains
Un peu de soleil
Et partez au loin ! « 

…Tout en engloutissant, à la fin de chaque quatrain, un de ces beignets ronds, gras et sucrés qu’il avait à portée de mains… Il savait que c’était absurde et que rien ne pouvait lui éviter l’inévitable. De toute façon, il oublia rapidement le pourquoi il en était là.

Les Plumes Chez Émilie 02.21

Petit jeu d’écriture proposé par Emilie Berd.

Le thème proposé est le suivant : Nostalgie

Voici les mots récoltés : Souvenir – Regret – Plus – Heureux – Famille – Madeleine – Ainsi – Aléa – Apparaitre – Adolescence – Banana-split – Résigné – Revers – Restaurer.

Photo trouvée sur le site « Futura santé »

Aujourd’hui, Madeleine a cent ans et la famille s’est réunie autour d’elle.

Pour l’occasion, Suzon, l’adolescente du clan, lui propose la dégustation d’un Banana-split, avec cet espoir de restaurer la mémoire de son aînée.

Aujourd’hui, Madeleine a cent ans et les aléas de la vie ont mélangé tous ses souvenirs. Parfois, on peut voir Madeleine qui semble vouloir chasser les moins heureux de sa tête d’un revers de main.

Aujourd’hui Madeleine a cent ans, et voilà bien longtemps que ses enfants se sont résignés. Plus les années passent, plus ils renoncent. Mais Suzon a lu dans un article que la mémoire sensorielle pouvait remédier à ces troubles mnésiques. Elle espère que l’effet du sucré sur les papilles de Madeleine, fera apparaitre de jolies pensées, de petites séquences de vie agréables qui chasseront ainsi tous ses regrets.

Madeleine a cent ans, et à cent ans, c’est pas rien des souvenirs de petites séquences de vie agréables !

PS : J’ai transformé adolescence en adolescente.

Les Plumes 5.20

Atelier d’écriture proposé par : Emilie Bert

D’après une collecte de mots sur le thème « Abri » : Sécurité – Jardin – créativité – Nichoir – Cocooner – Kot (mot facultatif car Belge) – protéger – Courir – Claquemurer – Cabane – Pensée – Bras – Bon –

Le refuge

Quand ses pensées allaient trop loin, quand sa créativité ne suffisait plus à l’apaiser, quand elle ne se sentait plus assez en sécurité, elle partait se protéger dans la cabane en bois, accrochée au vieux chêne. On la voyait courir en chemise à travers le jardin, pour se claquemurer durant des heures en haut de l’arbre. Rien ni personne d’autre que ce lieu n’arrivait à la calmer.

Quand enfin, elle se décidait à refaire surface, il s’était bien passé deux bons jours. Sa chevelure était emmêlée, ses joues griffées et salies, son regard vide et on pouvait voir des scarifications le long de ses cuisses.

Ma mère pouvait alors la prendre entre ses bras, la cocooner en lui donnant un bain chaud et lui préparant des mets sucrés. Le médecin venait à son chevet et on nous demandait de faire le plus grand silence.

Dès la construction de cet abri, j’avais compris que mon père avait pensé à un refuge pour elle, un lieu où elle pourrait atténuer ses souffrances durant ses terribles crises.

Les plumes 4.20

Atelier d’écriture proposé par : Emilie Bert

D’après une collecte de mots sur le thème « Inconnu » :

Insomnie – Invisibilité – Peur – Invalide – Réflexion – Foule – Équation – Oublier – Curiosité – Boule – Train – Tunnel – Attendre.

Je vais bien, ne t’en fais pas…

Je n’ai jamais compris pourquoi, une nuit pas comme une autre, tu t’es décidé à prendre ce train. Un billet sans retour qui t’a poussé à traverser seul, sans réflexion aucune, ce fameux tunnel.

Moi, j’étais là sur le quai, à attendre avec cette boule au ventre, murmurant quelques mots inaudibles, ma manière d’essayer de résoudre cette équation sans solution, ma façon de lutter contre mes peurs.

La mort t’a juste enveloppé dans sa cape d’invisibilité, elle t’a emporté sans rien nous demander.

Quelques jours plus tard, nous étions foule à vouloir te rendre un dernier hommage. Nous étions là, comme invalides, incapables de réagir devant l’inéluctable.

Je m’étais promis de ne jamais oublier… Mais comment oublier…

Ces nuits d’insomnie, tu me rends parfois visite. Tu es là, tout près de moi, cette curiosité dans le regard, à te demander ce qu’il est advenu de moi…