Les Plumes 5.20

Atelier d’écriture proposé par : Emilie Bert

D’après une collecte de mots sur le thème « Abri » : Sécurité – Jardin – créativité – Nichoir – Cocooner – Kot (mot facultatif car Belge) – protéger – Courir – Claquemurer – Cabane – Pensée – Bras – Bon –

Le refuge

Quand ses pensées allaient trop loin, quand sa créativité ne suffisait plus à l’apaiser, quand elle ne se sentait plus assez en sécurité, elle partait se protéger dans la cabane en bois, accrochée au vieux chêne. On la voyait courir en chemise à travers le jardin, pour se claquemurer durant des heures en haut de l’arbre. Rien ni personne d’autre que ce lieu n’arrivait à la calmer.

Quand enfin, elle se décidait à refaire surface, il s’était bien passé deux bons jours. Sa chevelure était emmêlée, ses joues griffées et salies, son regard vide et on pouvait voir des scarifications le long de ses cuisses.

Ma mère pouvait alors la prendre entre ses bras, la cocooner en lui donnant un bain chaud et lui préparant des mets sucrés. Le médecin venait à son chevet et on nous demandait de faire le plus grand silence.

Dès la construction de cet abri, j’avais compris que mon père avait pensé à un refuge pour elle, un lieu où elle pourrait atténuer ses souffrances durant ses terribles crises.

Les plumes 4.20

Atelier d’écriture proposé par : Emilie Bert

D’après une collecte de mots sur le thème « Inconnu » :

Insomnie – Invisibilité – Peur – Invalide – Réflexion – Foule – Équation – Oublier – Curiosité – Boule – Train – Tunnel – Attendre.

Je vais bien, ne t’en fais pas…

Je n’ai jamais compris pourquoi, une nuit pas comme une autre, tu t’es décidé à prendre ce train. Un billet sans retour qui t’a poussé à traverser seul, sans réflexion aucune, ce fameux tunnel.

Moi, j’étais là sur le quai, à attendre avec cette boule au ventre, murmurant quelques mots inaudibles, ma manière d’essayer de résoudre cette équation sans solution, ma façon de lutter contre mes peurs.

La mort t’a juste enveloppé dans sa cape d’invisibilité, elle t’a emporté sans rien nous demander.

Quelques jours plus tard, nous étions foule à vouloir te rendre un dernier hommage. Nous étions là, comme invalides, incapables de réagir devant l’inéluctable.

Je m’étais promis de ne jamais oublier… Mais comment oublier…

Ces nuits d’insomnie, tu me rends parfois visite. Tu es là, tout près de moi, cette curiosité dans le regard, à te demander ce qu’il est advenu de moi…