Les plumes 3.20

Atelier d’écriture proposé par : Emilie Bert

D’après une collecte de mots sur le thème « faux-semblant » :

Supercherie – hypocrite – mielleux – camoufler – simulacre – radotage – transparence – taire – traquer

Mais comment avait-elle fait pour ne pas se rendre compte de la supercherie ? Depuis sa dernière mésaventure, elle se méfiait pourtant des hommes trop polis et trop mielleux. Cette fois-ci, elle s’était laissée séduire par un simulacre de sourire qui camouflait une personnalité des plus perverses.

Quand elle avait enfin vu dans la transparence de son jeu, il était déjà trop tard… C’était tout de même la seconde fois qu’elle se faisait avoir.

Cette fois-ci, non seulement il l’avait séduite, ridiculisée et rabaissée plus bas que terre, mais en plus, il avait totalement vidé son compte en banque.

L’emprise était telle, qu’il avait obtenu d’elle qu’elle ne porte pas plainte. Il l’avait menacée ensuite de la traquer où qu’elle se cache et de lui pourrir l’existence à vie. Elle avait donc choisi de se taire, même quand sa meilleure amie lui proposait de l’accompagner au commissariat. Les autres amies n’étaient qu’un amas d’hypocrites qui se gavaient de radotages à son sujet sur les réseaux sociaux. Elle était devenue la risée de toute la bande.

Pourtant, au fond d’elle, elle pensait qu’elles avaient bien raison de se moquer de sa naïveté devenue ainsi légendaire !

Des mots, une histoire : récolte 35

Sur une proposition d’écriture d’Olivia

Les mots récoltés : fruit – ambulance – électricité – meringue – potence – écorce – armoise – innocent – priapisme – douceur – retour

Décidément, Il ne s’habituerait jamais… Voilà 15 ans qu’il était inspecteur de police judiciaire et qu’il était régulièrement appelé sur des scènes de crime ou de suicide.

Ce matin là, il était arrivé avec son équipe sur les lieux, juste avant l’ambulance.

Accroché à une potence, un homme nu, d’ une trentaine d’années, la langue noire, les yeux exorbités, un priapisme évident qui justifiait d’une pendaison certaine, chancelait au bout d’une grosse corde de chanvre.

On leur avait parlé de suicide, mais de toutes évidences, on s’orientait vers un crime crapuleux, d’autant que les experts avaient retrouvé à proximité, des cables encore chargés en électricité. D’après le légiste, le corps présentait de nombreuses brulures qui faisaient penser à des tortures ante-mortem. Après examen, on retrouva des morceaux d’écorces sous les ongles de la victime. Autant de pistes qui orientaient l’affaire sur une origine criminelle. Dans ce genre d’histoire, la victime était souvent loin d’être un innocent. Mais quel était le mobile ?

Il fallait garder les idées claires, savoir observer, prélever, associer…

Sur le chemin du retour, histoire de renouer avec la douceur de la vie, il s’arrêta acheter d’énormes meringues qu’il dégusterait avec son fils pendant que sa mère ingurgiterait sa sacro-sainte tisane d’armoise, qui lui assurerait un sommeil de plomb. Par dépit, il s’y était habitué puisqu’elle avait instauré cette règle juste après la naissance de leur enfant. Ainsi, elle s’évitait toute relation intime avec son mari.

Des mots, une histoire : récolte 34

Sur une proposition d’écriture d’Olivia

Les mots récoltés : créative – tour – promettre – geste – cheminer – citation – gentillesse – choix – pinceau – page – maroufle – préférence

Après mon geste, on m’a fait promettre de ne jamais recommencer. On m’a dit que je leur avais fait très peur, qu’ils avaient encore besoin de moi… On m’a dit qu’il fallait tourner la page… Et puis, on ne m’ a pas laissé le choix et je me suis retrouvée au milieu d’une quinzaine de personnes toutes aussi livides et déprimées que moi.

Tour à tour, nous avions des entretiens avec des soignants. Ils dégoulinaient tellement de gentillesse que ça en devenait gênant. Écoute, empathie, patience et disponibilité étaient leur fer de lance.

Le psychiatre m’a expliqué que pour avancer, il allait me prescrire des ateliers thérapeutiques et que grâce à eux je ferai mon propre cheminement.

Ma préférence est allée à l’atelier d’art thérapie, une activité qui me paraissait créative et où les pinceaux deviendraient mes alliés.

Ce jour là, je déposais avec force et rage toutes les peines de mon enfance sur une grande toile blanche. Après avoir fait écumer les couleurs, s’invita en moi, le besoin d’y inscrire cette citation de Vladimir Jankélévitch « La violence : une force faible ». Comme pour la fixer à jamais, je la recouvrais de maroufle. Ainsi mes blessures resteraient scellées à jamais, loin de moi.

Les plumes d’Asphodèle

Atelier d’écriture proposé par : Emilie Bert

D’après une collecte de mots sur le thème « Révolution» :

Les mots à utiliser sont donc les suivants : Mutinerie, trouble, manque, culotte, bois, changement, utopie, industrie, recommencer, tourner, tableau, tapage.

  • j’ai laissé industrie de côté.

En cas de manque…

Ce soir là, loin du tapage du port, ils s’étaient retrouvés dans son alcôve. Demain, il repartirait en mer pour plusieurs mois et il lui fit promettre fidélité. En gage d’amour, il lui offrit, emballé dans un pan de soie rouge, un olisbos qu’il avait tourné puis sculpté dans un bois précieux ramené du japon. Ainsi, quand la mutinerie recommencerait à s’inviter dans sa culotte, elle pourrait s’adonner sans scrupules à des plaisirs solitaires. Pour l’encourager à la sincérité, il lui donna également un tableau ou plutôt une estampe érotique du nom de « Shunga » qui lui permettrait de se « former » en attendant son retour.

Erotica; Shunga japonais; Loving Couples On Porch, Kunisada Utagawa, vers 1840

Il apprécierait sûrement quelques changements pimentés dans leurs ébats charnels dès son retour.

Devant ses propres cadeaux, le trouble s’installa et il sentit monter l’excitation à travers son sexe devenu aussi dur que de la pierre.

Loin de toute utopie, il la saisit virilement par les hanches, prit à peine le temps d’écarter le tissu de sa chemise sur ses fesses rebondies et commença un va et vient vite rythmé par le son de ses gémissements de plaisir.

Demain, il repartait pour de nombreux mois…

Des mots, une histoire : récolte 32

Sur une proposition d’écriture d’Olivia

Les mots récoltés : Hollande ou tulipe – étouffer – image – chanson – nouveauté – destination – voyage – merveille – crisper – sauvage

Avril 2015 – Dans mon jardin d’Éden.

Sur le paquet de bulbes de tulipes, il était soit disant inscrit « Origine de Hollande » comme gage de qualité. Pourtant, moi, je n’en peux plus de tout ce rouge. J’étouffe ! J’ai besoin d’oxygène ! De ces pétales un peu crispés, trop bien rangés, de ce cocon, il faut que je m’échappe ! Il me faut une nouvelle destination ! On m’a parlé de fleurs sauvages qui poussent au printemps, on m’a parlé de collines entièrement recouvertes de merveilles colorées, on m’a parlé du chant des insectes qui bourdonnent librement, on m’a parlé des rayons du soleil qui nous chauffe les ailes. J’ai du mal à en voir une image, alors je chante. Je chante de ces chansons sur le printemps, je chante sur la nature, je chante sur les fleurs. Je chante en attendant mon prochain voyage, je chante dans l’espoir d’un monde de liberté.

Atelier d’écriture 354 de Bric à Book

Proposition d’écriture de Bric à Book à partir de cette photo.

Pas de thématique interdite .

© Simon Zhu

Vous allez peut-être pouvoir venir à mon secours, parce que à ce jour, je ne sais plus qui je suis…

Figurez-vous qu’il s’est passé un truc étrange le matin du 25 décembre alors que j’ouvrais mes cadeaux de Noël au pied du sapin. Dans l’un des paquets, j’ai trouvé une sorte de roche, qui au contact de mes doigts, est devenue instantanément chaude, scintillante et dorée. J’ai tout de suite pensé à de la kryptonite dorée. Si c’est le cas, je pense que je suis désigné pour être un « Super Anti Héro ». Il est bien connu que la kryptonite dorée a pour effet d’anéantir les supers pouvoirs de Superman ! Ne souriez pas, c’est sérieux comme histoire ! Jusque là, je croyais que Superman existait juste dans mes bouquins, et que je n’avais rien du méchant de service dans les comics. Mais tout à coup, c’est devenu une évidence. On venait de me confier une mission importante.

J’ai donc profité du soir du 31 décembre pour essayer de maîtriser ce don. Ainsi, en me voyant agir, on pourrait toujours croire à des feux d’artifice et pétards de noctambules fêtant la nouvelle année. Je suis donc allé au bord de la rivière pour être plus crédible et en sécurité en cas d’explosion.

Je sentais en moi, une sorte de force maléfique dès que je touchais la pierre. Dans un 1er temps, j’ai réussi à faire des sortes de cercles en faisant virevolter mon bras au dessus de ma tête, mais à plusieurs reprises, mes cheveux ont failli prendre feu. Au début, c’était marrant jusqu’à ce que je m’aperçoive à travers un relent de poissons, que j’avais transformé l’eau de la rivière et ses habitants, en une sorte de friture géante.

Au bout de quelques heures, mes gestes devinrent plus précis et j’arrivais même à contrôler les gerbes qui s’échappaient des cercles devenus parfaits. J’écumais de plaisir.

C’est alors que des sirènes de pompiers retentirent sur le pont au dessus de moi et je dû m’enfuir rapidement tout en essayant d’atténuer la lumière et les pouvoirs de la pierre.

Mais aujourd’hui, je suis confiné dans une chambre dans un Centre Hospitalier en attendant de voir le médecin. Les pompiers ont réussi à m’attraper et le préfet a décidé mon internement sans consentement en unité psychiatrique pour « Atteinte à la sûreté des personnes ou, de façon grave, à l’ordre public ». Je n’aurais sans doute pas dû parler de la kryptonite et de Superman. On me pense dangereux parce que j’ai mis le feu près de la rivière et on pense même que j’ai tenté de m’immoler quand ils ont vu les brûlures sur mon visage, mon crâne et une partie de mon corps.

On m’a confisqué ma pierre dorée, mais je sais que ses pouvoirs sont en moi. Pour l’instant, ils sont en veille. Mais, quand le moment sera venu, ça sera la fin de leur monde et je continuerai ma quête : Trouver et détruire Superman !

Des mots, une histoire

Sur une proposition d’écriture d’Olivia

Mots récoltés : flou – caractère – tendresse – burn-out – lâcher – cloche – enguirlander

Quand on demandait à ses proches ce qui lui était arrivé :

– Sa mère donnait une explication très floue, des larmes roulant sur ses joues…

– Son père marmonnait dans sa barbe que de toute manière, il n’avait jamais eu de caractère…

– Son frère, gêné, parlait d’un terrible burn-out…

– Son fils le traitait de pauvre cloche, de la colère plein la voix.

Lui, il vous aurait simplement dit que ce n’était pas la peine de l’enguirlander, que rien n’y faisait, pas même la tendresse prodiguée par son épouse. Sa souffrance était telle, qu’il lui avait fallu y mettre un terme. Il avait juste eu un besoin impérieux de lâcher-prise et il n’avait trouvé que cette issue fatale, se laisser happer par le 886257 qui passait exactement à 06h38 à proximité du village…

Atelier d’écriture 353 : Bric à Book

Proposition d’écriture de Bric à Book à partir de cette photo.

© @ryanstefan

Le thème interdit : l’enfance !

Je dois bien le reconnaitre, depuis deux ou trois jours, je me sens de plus en plus fatiguée, et de la voir subitement virevolter ainsi autour de moi, m’a à peine surprise. J’ai du mal à distinguer ses traits, je devine juste qu’elle est menue et je ne sais même pas comment elle s’appelle. A moins que j’ai oublié.

Tôt ce matin, elle est venue près de moi et a posé sa main fraiche sur mon front brûlant. Elle m’a regardée sans un mot, elle m’a souri chaleureusement et tout de suite je me suis sentie apaisée. Elle me semblait comme « lumineuse ».

Quand elle m’a tenue la main pour me guider à l’extérieur, j’ai été toute interloquée, moi qui avait du mal à dépasser le seuil de ma porte de chambre ! J’ai tout à coup eu une sensation de légèreté inexplicable. Mes douleurs avaient disparu et j’ai presque eu envie d’accélérer le pas pour avancer plus vite. Confiante, voir soulagée, je l’ai suivie les yeux fermés dans son choix…

Ce matin là, Mathilde, aide-soignante à l’ADMR dû faire appel aux pompiers car personne ne répondait à ses sollicitations derrière la porte. Elle ne fût pas surprise de retrouver Jeanne, allongée dans son lit, sans vie. Mathilde remarqua que Jeanne affichait un sourire d’apaisement sur les lèvres. Intérieurement, elle se dit qu’elle la trouvait très digne et belle dans la mort.

Des mots, une histoire

Sur une proposition d’écriture d’Olivia

Les mots imposés : influenceur – modeler – insipide – saltimbanque – ombre – harmonie – bousculade – mouiller – se perdre – exploiteur – certitude – folie

L’entretien de l’après-midi s’était plutôt bien déroulé et j’avais accepté l’invitation au restaurant pour conclure avec lui. Mais au fil des heures, le doute s’installait.

Accepter de signer avec cet influenceur, c’était comme accepter de signer un pacte avec le diable. A l’instant où je pris le stylo pour parapher les clauses, j’eus la certitude que j’allais me perdre à jamais. Moi qui rêvais d’une vie de saltimbanque, d’une vie faite d’équilibre et d’harmonie entre le personnel et le professionnel, par une signature, c’en était terminé !

Telle une ombre, il allait me suivre, me coller à la peau, avec cet objectif d’arriver à me modeler à son image afin que je devienne tout autant sinon plus exploiteur que lui. J’allais devenir son bras droit et toute son équipe à l’air insipide allait lui rapporter mes moindres faits et gestes.

Rien que l’idée d’y penser, me donnait cette sensation d’étouffer. Je sentais que je transpirais à en mouiller le dos de ma chemise, mes mains devenait moites à en faire glisser le stylo.

Comme pris d’un coup de folie, j’attrapais alors le contrat à pleine main, le froissa et tenta de l’engloutir sans même le mâcher. Une bousculade s’en suivit. Je sentis des mains qui tentaient de s’accrocher, des cris me perforant les oreilles. D’un coup d’épaule, j’arrivais à me dégager et à atteindre la sortie. J’arrivais à m’échapper… De justesse…

Des mots, une histoire

Sur une proposition d’écriture d’Olivia

Les mots récoltés : Finistère (facultatif, en principe pas de nom propre) – canard – oxyder – bouteille – claquement – brioches – souvenir – explorer – découverte

Comme tous les dimanches matin, avant que sonne l’angélus, la petite Huguette accrochait un sac rempli de brioches à la poignée oxydée de la porte de la cure.

Comme tous les dimanches matin , avant que sonne l’angélus, Monsieur Le Curé attendait que le claquement des sabots de la fillette s’éloignent, pour récupérer son dû.

Parfois, une bonne bouteille accompagnait les viennoiseries, bouteille qui ne servait jamais comme vin de messe.

Ce dimanche matin là, quelle ne fût pas la surprise de Monsieur Le Curé devant sa découverte… Sur le pallier, se trouvait en plus du sac habituel, un immense panier qui semblait bien garni. Il crût tout d’abord, à des dons de villageois, qui à cette période de l’année, n’hésitaient pas à offrir des édredons en plumes d’oies ou de canards, des vêtements chauds ou d’autres oripeaux pour les nécessiteux de la paroisse.

Ce dimanche matin là, avant que sonne l’angélus, ce furent des pleurs qui s’échappèrent des linges.

Ce dimanche matin là, avant que sonne l’angélus, ce fut un don du ciel que Monsieur Le Curé accueillit avec beaucoup d’émotions.

Pendant des semaines, il battit la campagne, explora de nombreux villages, histoire de retrouver des souvenirs à ce petit être plein de vie. Mais Monsieur Le Curé revint bredouille. De toute évidence, cet enfant n’appartenait à personne et c’est tout naturellement que Monsieur Le curé se décida de l’adopter. Il allait enfin pouvoir réaliser ce rêve, interdit par l’église, pouvoir devenir papa !

Ce dimanche matin là, après que sonne l’angélus, Monsieur Le Curé baptisa le bébé. Et comme il lui fallait donner un nom de famille, c’est spontanément qu’il associa au prénom de Camille, le patronyme de Finistère, en hommage à sa terre natale.