Les plumes 15.20

Atelier d’écriture proposé par : Emilie Bert

D’après une collecte de mots sur le thème « boite » : Pandore – Béquille – Nuit – Cadeau – Secret – Sucre – Carton – Ouvrir – Oppresser – Outil.

Tu sucres ?

Le paquet était posé à proximité sur ma table de nuit parce qu’il savait qu’à ce jour, mes béquilles ne me seraient plus d’aucun secours et que je resterai rivée à mon lit, le restant de ma vie.

Il avait choisi un joli carton bleu sur lequel il avait collé de petites étoiles irisées comme l’aurait fait un enfant. Son secret aurait pu être bien gardé, s’il n’avait pas renversé la boite à outils dont le vacarme m’avait extirpée de ma torpeur.

J’avais bien remarqué ce regard humide, donnant à ses yeux bleus délavés, comme un dernier éclat de vie. Quand il a précisé que c’était un cadeau juste pour Moi et qu’il m’appartenait de l’accepter ou non, et qu’il a ajouté qu’une fois la boite de pandore ouverte, je risquais de ne plus pouvoir faire machine arrière. Je compris parfaitement son message.

Avant de me quitter, il déposa sa grosse main rugueuse et fripée sur mes doigts fragiles et glacés, une manière de me donner du courage. Puis, silencieusement, il referma la porte de la chambre sur son passage.

Comme il l’avait annoncé, j’hésitais un peu avant d’ouvrir le couvercle. De mes doigts tremblants, je le poussais et il tomba mollement sur la moquette.

Tout au fond de la boite, se trouvait déposé sur un papier de soi froissé, un petit carré de sucre.

Fébrile, je m’en saisis et le porta à mes lèvres.

C’est à peine si je perçu l’amertume du cyanure habilement camouflée par la douceur du sucre, mais par contre, le souvenir de mon cœur soudainement oppressé me suivra jusque dans l’au-delà !

Les Plumes 5.20

Atelier d’écriture proposé par : Emilie Bert

D’après une collecte de mots sur le thème « Abri » : Sécurité – Jardin – créativité – Nichoir – Cocooner – Kot (mot facultatif car Belge) – protéger – Courir – Claquemurer – Cabane – Pensée – Bras – Bon –

Le refuge

Quand ses pensées allaient trop loin, quand sa créativité ne suffisait plus à l’apaiser, quand elle ne se sentait plus assez en sécurité, elle partait se protéger dans la cabane en bois, accrochée au vieux chêne. On la voyait courir en chemise à travers le jardin, pour se claquemurer durant des heures en haut de l’arbre. Rien ni personne d’autre que ce lieu n’arrivait à la calmer.

Quand enfin, elle se décidait à refaire surface, il s’était bien passé deux bons jours. Sa chevelure était emmêlée, ses joues griffées et salies, son regard vide et on pouvait voir des scarifications le long de ses cuisses.

Ma mère pouvait alors la prendre entre ses bras, la cocooner en lui donnant un bain chaud et lui préparant des mets sucrés. Le médecin venait à son chevet et on nous demandait de faire le plus grand silence.

Dès la construction de cet abri, j’avais compris que mon père avait pensé à un refuge pour elle, un lieu où elle pourrait atténuer ses souffrances durant ses terribles crises.

Des mots, une histoire : récolte 40

D’après une proposition de jeu d’écriture proposée par Olivia

Collecte de mots : Berlingot – Repos – Engorger – Rivière – Virus – Bohème – Marmoréen – Aspérité – Vernal.

La vie de bohème n’était pas de tout repos. Affamée, elle avait récupéré un berlingot de lait concentré qui trainait sur la table. Alors qu’elle le portait à sa bouche, elle s’aperçut qu’il était engorgé. Alors qu’elle pressait le tube, elle comprit, en voyant le teint marmoréen de son amie qu’elle venait de faire une énorme bêtise. Des aspérités du tube, jaillit une rivière de virus qui éclaboussa tout son visage. La couleur verdâtre de l’épais liquide était sans équivoque. Si dans les 48 heures, elle sortait en boutons, on pouvait écarter une éruption vernale et certifier avec exactitude une intoxication alimentaire. Il ne lui restait plus qu’à espérer que ce ne soit les seuls symptômes…

Des mots, une histoire : récolte 38

Sur une proposition de jeu d’écriture proposée par Olivia

Les mots imposés : inconnu – restriction – claire – test – transmission – masque – zèle – louvoyer – émerger – arquebuse – pétiller

La théorie du complot

Comment résoudre le problème des retraites ? Tout simplement en laissant émerger un petit virus inconnu de derrière les étals d’un marché chinois. En le faisant pétiller de bouche en bouche, on devrait se débarrasser allègrement d’un bon nombre de 64 ans et plus non ?

Tu tousses ? Tu mouches ? Hop ! Un petit test et tu te retrouves en quarantaine dans un village de vacances, en restriction de tout. De toutes manières, des masques, y en a pas, puisque toutes les usines de fabrication sont en Chine… C’est ballot hein ! Du coup, la transmission de vieux en vieux va mettre une bonne claque à ceux qui font du zèle.

Plus besoin de 49.3, de réforme des retraites et terminée la crise du chômage ! C’est clair comme de l’eau de roche non ?

Moi, je dis qu’il faut arrêter de louvoyer et appeler un chat un chat ! Nos politiques sont tous des vendus !

En attendant, on m’a dit que de boire trois quatre verres d’arquebuse cul-sec, ça freine la contagion ! Hips !

Allez Tchin ! En attendant la fin du monde, on se soigne !

Des mots, une histoire : récolte 37

Sur une proposition de jeu d’écriture d’Olivia

Les mots récoltés sont : Musique – Cigognes – Arbre – Quarantaine – Hésitation – Envoutement – Copeaux – Sonner.

Cette manie avait commencé quand j’étais enfant et je m’étais souvent fait sonner les cloches quand, au moment du bain, ma mère n’arrivait pas à mettre la main sur la savonnette. Je pouvais lui chantonner toutes sortes de musiques, elle me faisait les gros yeux et filait directement dans le jardin. Elle savait qu’une fois subtilisés, les savons seraient savamment enveloppés et cachés au creux de l’arbre mort.

Pour moi, la texture, l’odeur, la douceur du savon, c’était comme un envoutement, une délectation des sens, un cocon de bonheur… Au fil du temps, j’appris à le transformer avec application.

Voilà bien une quarantaine d’années que j’avais dépassé le statut de la marotte d’enfant, pour un travail d’artisanat d’art, du copeau retiré du bout de l’ongle, à la sculpture élaborée. L’hésitation n’avait plus lieu d’exister d’autant que ma fille, m’avait demandée de sculpter une jolie cigogne en l’honneur de la naissance de son fils…

Les plumes 3.20

Atelier d’écriture proposé par : Emilie Bert

D’après une collecte de mots sur le thème « faux-semblant » :

Supercherie – hypocrite – mielleux – camoufler – simulacre – radotage – transparence – taire – traquer

Mais comment avait-elle fait pour ne pas se rendre compte de la supercherie ? Depuis sa dernière mésaventure, elle se méfiait pourtant des hommes trop polis et trop mielleux. Cette fois-ci, elle s’était laissée séduire par un simulacre de sourire qui camouflait une personnalité des plus perverses.

Quand elle avait enfin vu dans la transparence de son jeu, il était déjà trop tard… C’était tout de même la seconde fois qu’elle se faisait avoir.

Cette fois-ci, non seulement il l’avait séduite, ridiculisée et rabaissée plus bas que terre, mais en plus, il avait totalement vidé son compte en banque.

L’emprise était telle, qu’il avait obtenu d’elle qu’elle ne porte pas plainte. Il l’avait menacée ensuite de la traquer où qu’elle se cache et de lui pourrir l’existence à vie. Elle avait donc choisi de se taire, même quand sa meilleure amie lui proposait de l’accompagner au commissariat. Les autres amies n’étaient qu’un amas d’hypocrites qui se gavaient de radotages à son sujet sur les réseaux sociaux. Elle était devenue la risée de toute la bande.

Pourtant, au fond d’elle, elle pensait qu’elles avaient bien raison de se moquer de sa naïveté devenue ainsi légendaire !

Des mots, une histoire : récolte 35

Sur une proposition d’écriture d’Olivia

Les mots récoltés : fruit – ambulance – électricité – meringue – potence – écorce – armoise – innocent – priapisme – douceur – retour

Décidément, Il ne s’habituerait jamais… Voilà 15 ans qu’il était inspecteur de police judiciaire et qu’il était régulièrement appelé sur des scènes de crime ou de suicide.

Ce matin là, il était arrivé avec son équipe sur les lieux, juste avant l’ambulance.

Accroché à une potence, un homme nu, d’ une trentaine d’années, la langue noire, les yeux exorbités, un priapisme évident qui justifiait d’une pendaison certaine, chancelait au bout d’une grosse corde de chanvre.

On leur avait parlé de suicide, mais de toutes évidences, on s’orientait vers un crime crapuleux, d’autant que les experts avaient retrouvé à proximité, des cables encore chargés en électricité. D’après le légiste, le corps présentait de nombreuses brulures qui faisaient penser à des tortures ante-mortem. Après examen, on retrouva des morceaux d’écorces sous les ongles de la victime. Autant de pistes qui orientaient l’affaire sur une origine criminelle. Dans ce genre d’histoire, la victime était souvent loin d’être un innocent. Mais quel était le mobile ?

Il fallait garder les idées claires, savoir observer, prélever, associer…

Sur le chemin du retour, histoire de renouer avec la douceur de la vie, il s’arrêta acheter d’énormes meringues qu’il dégusterait avec son fils pendant que sa mère ingurgiterait sa sacro-sainte tisane d’armoise, qui lui assurerait un sommeil de plomb. Par dépit, il s’y était habitué puisqu’elle avait instauré cette règle juste après la naissance de leur enfant. Ainsi, elle s’évitait toute relation intime avec son mari.

Des mots, une histoire : récolte 34

Sur une proposition d’écriture d’Olivia

Les mots récoltés : créative – tour – promettre – geste – cheminer – citation – gentillesse – choix – pinceau – page – maroufle – préférence

Après mon geste, on m’a fait promettre de ne jamais recommencer. On m’a dit que je leur avais fait très peur, qu’ils avaient encore besoin de moi… On m’a dit qu’il fallait tourner la page… Et puis, on ne m’ a pas laissé le choix et je me suis retrouvée au milieu d’une quinzaine de personnes toutes aussi livides et déprimées que moi.

Tour à tour, nous avions des entretiens avec des soignants. Ils dégoulinaient tellement de gentillesse que ça en devenait gênant. Écoute, empathie, patience et disponibilité étaient leur fer de lance.

Le psychiatre m’a expliqué que pour avancer, il allait me prescrire des ateliers thérapeutiques et que grâce à eux je ferai mon propre cheminement.

Ma préférence est allée à l’atelier d’art thérapie, une activité qui me paraissait créative et où les pinceaux deviendraient mes alliés.

Ce jour là, je déposais avec force et rage toutes les peines de mon enfance sur une grande toile blanche. Après avoir fait écumer les couleurs, s’invita en moi, le besoin d’y inscrire cette citation de Vladimir Jankélévitch « La violence : une force faible ». Comme pour la fixer à jamais, je la recouvrais de maroufle. Ainsi mes blessures resteraient scellées à jamais, loin de moi.

Les plumes d’Asphodèle

Atelier d’écriture proposé par : Emilie Bert

D’après une collecte de mots sur le thème « Révolution» :

Les mots à utiliser sont donc les suivants : Mutinerie, trouble, manque, culotte, bois, changement, utopie, industrie, recommencer, tourner, tableau, tapage.

  • j’ai laissé industrie de côté.

En cas de manque…

Ce soir là, loin du tapage du port, ils s’étaient retrouvés dans son alcôve. Demain, il repartirait en mer pour plusieurs mois et il lui fit promettre fidélité. En gage d’amour, il lui offrit, emballé dans un pan de soie rouge, un olisbos qu’il avait tourné puis sculpté dans un bois précieux ramené du japon. Ainsi, quand la mutinerie recommencerait à s’inviter dans sa culotte, elle pourrait s’adonner sans scrupules à des plaisirs solitaires. Pour l’encourager à la sincérité, il lui donna également un tableau ou plutôt une estampe érotique du nom de « Shunga » qui lui permettrait de se « former » en attendant son retour.

Erotica; Shunga japonais; Loving Couples On Porch, Kunisada Utagawa, vers 1840

Il apprécierait sûrement quelques changements pimentés dans leurs ébats charnels dès son retour.

Devant ses propres cadeaux, le trouble s’installa et il sentit monter l’excitation à travers son sexe devenu aussi dur que de la pierre.

Loin de toute utopie, il la saisit virilement par les hanches, prit à peine le temps d’écarter le tissu de sa chemise sur ses fesses rebondies et commença un va et vient vite rythmé par le son de ses gémissements de plaisir.

Demain, il repartait pour de nombreux mois…

Des mots, une histoire : récolte 32

Sur une proposition d’écriture d’Olivia

Les mots récoltés : Hollande ou tulipe – étouffer – image – chanson – nouveauté – destination – voyage – merveille – crisper – sauvage

Avril 2015 – Dans mon jardin d’Éden.

Sur le paquet de bulbes de tulipes, il était soit disant inscrit « Origine de Hollande » comme gage de qualité. Pourtant, moi, je n’en peux plus de tout ce rouge. J’étouffe ! J’ai besoin d’oxygène ! De ces pétales un peu crispés, trop bien rangés, de ce cocon, il faut que je m’échappe ! Il me faut une nouvelle destination ! On m’a parlé de fleurs sauvages qui poussent au printemps, on m’a parlé de collines entièrement recouvertes de merveilles colorées, on m’a parlé du chant des insectes qui bourdonnent librement, on m’a parlé des rayons du soleil qui nous chauffe les ailes. J’ai du mal à en voir une image, alors je chante. Je chante de ces chansons sur le printemps, je chante sur la nature, je chante sur les fleurs. Je chante en attendant mon prochain voyage, je chante dans l’espoir d’un monde de liberté.