Les plumes 21/10

Petit jeu d’écriture proposé par Emilie Berd.

Le thème proposé pour la collecte de mots est le suivant : Caravane

Les mots sont donc les suivants : Chien – Musique – Pliant – Découverte – Camper – Repasser – dormir – Nature – Soleil – Route – Nomade – Liberté – Feu – Forain – Froid

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Comme tous les lundis, c’était le marché à Louhans. Et, alors que le soleil déclinait, les camelots et les forains évacuaient la place. J’étais déjà passée et repassée plusieurs fois devant les déchets entassés, mais c’est en pliant mes cartons que je fis la découverte de ma vie.

Il était là, à peine plus grand que mes deux mains réunies, entrain de dormir en boule, une vieille ficelle autour du coup, frissonnant de froid. Quelqu’un l’avait manifestement abandonné là, au milieu des invendus et des végétaux abîmés.

De nature empathique, je ne pouvais décemment laisser ce jeune chien livré à une mort certaine. Délicatement, je l’enveloppais dans mon pull, le portant comme un précieux trésor. J’avais le feu aux joues tant je me sentais excitée par ma trouvaille.

J’entendais déjà la musique qu’on allait me jouer une fois rentrée à la maison, mais peu importe, j’étais comme habitée par un élan de liberté et rien ni personne n’allait me faire regretter mon geste.

Six ans ont passé et quand je vois Nomade camper là fièrement devant moi aujourd’hui, je n’ai aucun regret d’avoir croisé sa route et de l’avoir adopté !

[projet 52-2021] semaine 31 – Jeu(x) d’enfants

A l’initiative de «Du côté de chez Ma’» où vous pouvez retrouver les liens des autres participants.

Connaissez-vous la paréidolie ? C’est une sorte d’illusion d’optique qui vous donne l’impression de voir un visage au beau milieu des nuages ou sur un objet de la vie quotidienne. Selon des scientifiques japonais, vous seriez plus névrosé que la moyenne si vous êtes enclin à cette particularité.

Pour moi, cela me relie direct avec mes jeux d’enfant… Il m’était effectivement facile de m’évader en laissant rebondir mon imaginaire sur ces formes vaporeuses. Avant hier, en promenant Newton, ça m’a repris et j’ai adoré ça !

Là par exemple, je vois un couple qui danse, l’une des personne, sur la droite est enrobée avec une sorte de mèche houppette sur la tête et tient l’autre personne par une épaule. Ils se regardent yeux dans les yeux… Je crois bien même qu’ils vont s’embrasser !

Les Plumes chez Emilie

Petit jeu d’écriture proposé par Emilie Berd.

Le thème proposé pour la collecte de mots est le suivant : Séparation

Voici les mots : Accompagner – Divorcer – Cloisonner – Maîtrise – Milieu – Enfant – Oubli – Rivière – Canalisation – Barrière – Distance – Liens – Rompre – Sourire – partager – Ornithorynque – Frontière – Filer – Femme.

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« Je me souviens… »

Il est de ces souvenirs qui ne s’oublient pas. De ces souvenirs qui flottent sur la frontière entre l’enfant et la femme que j’allais devenir.

Je me souviens encore de ce sourire que tu voulais toujours maîtriser, mais qui ne m’échappait pas, de ce plaisir de partager avec toi ces après-midi d’été au bord de la rivière. Je me souviens de ce premier baiser volé, alors que tu m’accompagnais sur le chemin du retour, de cette barrière qui semblait vouloir garder cette distance réglementaire entre nos corps affamés. Je me souviens avoir filé, le cœur battant, trébuchant sur une canalisation apparente sur le chemin, juste après que nous ayons fait l’amour. Notre première fois qui signifiait pour moi, que rien ne pourrait rompre le charme qui avait opéré. Même au milieu de nulle part, je pensais que tu serais toujours à mes côtés.

Pourtant, au fil du temps, les années nous ont cloisonnés chacun de notre côté, les liens se sont effilochés et nous avons malheureusement divorcé.

*Pas de place pour Ornithorynque.

Les Plumes chez Emilie

Petit jeu d’écriture proposé par Emilie Berd.

Le thème proposé pour la collecte de mots est le suivant : Vert

Voici les mots : Tendre – Jardiner – Émeraude – Rayon – Arbre – RenouveauEspérance Graine – Peur – Chapeau – Danser – Soleil – Mousse – Ménager – Mine .

« Il suffit de croire au Renouveau… »

Du plus profond que je me souvienne, j’ai toujours eu un faible pour les jardiniers. Et celui qui s’agitait devant moi, réveillait toutes mes espérances. Je faisais mine de ne pas le voir, mais je l’observais déjà depuis un bon moment, justement en train de jardiner.

Il paraissait assez grand, portait un large chapeau de paille et taillait avec délicatesse un petit arbre aux feuilles encore tendres.

J’étais fascinée, hypnotisée par ses muscles qui semblaient danser sous sa chemise. Il se tenait là, campé devant moi à agiter ses fesses, les jambes biens ancrées dans le sol.

Je dois vous avouer que si il m’avait invitée à m’allonger à ses côtés sur un lit de mousse, à l’abri du soleil, j’aurais peut-être un peu rougi, mais je n’aurait pas dit non !

C’est alors que cette phrase résonna en moi, comme si c’était hier…

« C’en est d’la graine celle-là ! Elle a peur de rien la gamine ! »

Au même moment, je distinguais furtivement son regard vert émeraude dans un raie de lumière… Un véritable conte de fée me direz-vous !

Hélas, quelqu’un arriva , se saisit brutalement de mon charriot, et m’abandonna , moi et ma monture dans un salon climatisé ou régnait une odeur d’urine mêlée à celle de produits ménagers. Le pire, c’est qu’on m’avait placée dos à la fenêtre.

Ainsi, il en fût terminé de mes phantasmes d’octogénaire…

Les Plumes Chez Émilie 01.21

Petit jeu d’écriture proposé par Emilie Berd.

Pour cette première semaine de Plumes de cette année 2021, le thème proposé est le suivant : NU

D’après une collecte de mots : DÉCOUVERTE – BLANC – VIDE – CONFIANCE – CROQUER- NATUREL – GRAND – MÉTAL – DÉVOILER – CULOTTE – TÊTE – FROID – FOYER – FUSIONNER

Image trouvée sur Pinterest

Il était arrivé en avance pour pouvoir choisir la meilleure place. Effectivement, la pièce était vide et tout en évaluant la lumière naturelle qui pénétrait par la grande verrière, il installa son chevalet à bonne distance du foyer où une grosse bûche rougeoyait déjà. Il ouvrit alors sa vieille boite en métal pour en extraire un bâton de fusain et une gomme mie de pain qu’il se mit à malaxer nerveusement.

Au centre de la pièce un drap blanc jonchait une estrade de bois où un chat ronronnait au milieu de coussins écarlates.

D’autres étudiants entrèrent dans la pièce, bousculant bruyamment trépieds et toiles, échangeant des flots de paroles inaudibles. Ils étaient tous là un peu fébriles, dans l’attente de la découverte du modèle choisi par le Maître. Ils lui faisaient tous confiance. C’était le plus grand, le plus talentueux et les filles qu’il ramenait à l’atelier n’étaient jamais décevantes.

C’est alors qu’elle arriva silencieusement, traversa nonchalamment la horde, les cheveux naturellement relevés sur la nuque, effleurant du bout des doigts les pans de son vêtement. Elle ne devait pas dépasser les 15 ans. Elle paraissait si fragile tant son corps menu semblait perdu dans un peignoir trop grand pour elle.

Ils allaient avoir peu de temps pour la croquer et il leur fallait devoir garder la tête froide quand elle allait dévoiler son corps juvénile.

Elle avança jusqu’à l’estrade, frôlant le chat sur son passage, laissant glisser subtilement sa robe de chambre sur ses épaules. Le silence se fit immédiatement dans l’assemblée et c’est alors que leurs regards se croisèrent.

Le jeune homme se sentit gêné. Tout en continuant à le fixer, elle jeta sa culotte au sol avec désinvolture. Devant son intimité dévoilée, il crût se retrouver seul avec elle, malgré les gloussements du reste des artistes et son cœur lui donna soudainement cette impression d’avoir fusionné devant tant de grâce.

Les plumes 15.20

Atelier d’écriture proposé par : Emilie Bert

D’après une collecte de mots sur le thème « boite » : Pandore – Béquille – Nuit – Cadeau – Secret – Sucre – Carton – Ouvrir – Oppresser – Outil.

Tu sucres ?

Le paquet était posé à proximité sur ma table de nuit parce qu’il savait qu’à ce jour, mes béquilles ne me seraient plus d’aucun secours et que je resterai rivée à mon lit, le restant de ma vie.

Il avait choisi un joli carton bleu sur lequel il avait collé de petites étoiles irisées comme l’aurait fait un enfant. Son secret aurait pu être bien gardé, s’il n’avait pas renversé la boite à outils dont le vacarme m’avait extirpée de ma torpeur.

J’avais bien remarqué ce regard humide, donnant à ses yeux bleus délavés, comme un dernier éclat de vie. Quand il a précisé que c’était un cadeau juste pour Moi et qu’il m’appartenait de l’accepter ou non, et qu’il a ajouté qu’une fois la boite de pandore ouverte, je risquais de ne plus pouvoir faire machine arrière. Je compris parfaitement son message.

Avant de me quitter, il déposa sa grosse main rugueuse et fripée sur mes doigts fragiles et glacés, une manière de me donner du courage. Puis, silencieusement, il referma la porte de la chambre sur son passage.

Comme il l’avait annoncé, j’hésitais un peu avant d’ouvrir le couvercle. De mes doigts tremblants, je le poussais et il tomba mollement sur la moquette.

Tout au fond de la boite, se trouvait déposé sur un papier de soi froissé, un petit carré de sucre.

Fébrile, je m’en saisis et le porta à mes lèvres.

C’est à peine si je perçu l’amertume du cyanure habilement camouflée par la douceur du sucre, mais par contre, le souvenir de mon cœur soudainement oppressé me suivra jusque dans l’au-delà !

Les Plumes 5.20

Atelier d’écriture proposé par : Emilie Bert

D’après une collecte de mots sur le thème « Abri » : Sécurité – Jardin – créativité – Nichoir – Cocooner – Kot (mot facultatif car Belge) – protéger – Courir – Claquemurer – Cabane – Pensée – Bras – Bon –

Le refuge

Quand ses pensées allaient trop loin, quand sa créativité ne suffisait plus à l’apaiser, quand elle ne se sentait plus assez en sécurité, elle partait se protéger dans la cabane en bois, accrochée au vieux chêne. On la voyait courir en chemise à travers le jardin, pour se claquemurer durant des heures en haut de l’arbre. Rien ni personne d’autre que ce lieu n’arrivait à la calmer.

Quand enfin, elle se décidait à refaire surface, il s’était bien passé deux bons jours. Sa chevelure était emmêlée, ses joues griffées et salies, son regard vide et on pouvait voir des scarifications le long de ses cuisses.

Ma mère pouvait alors la prendre entre ses bras, la cocooner en lui donnant un bain chaud et lui préparant des mets sucrés. Le médecin venait à son chevet et on nous demandait de faire le plus grand silence.

Dès la construction de cet abri, j’avais compris que mon père avait pensé à un refuge pour elle, un lieu où elle pourrait atténuer ses souffrances durant ses terribles crises.

Des mots, une histoire : récolte 40

D’après une proposition de jeu d’écriture proposée par Olivia

Collecte de mots : Berlingot – Repos – Engorger – Rivière – Virus – Bohème – Marmoréen – Aspérité – Vernal.

La vie de bohème n’était pas de tout repos. Affamée, elle avait récupéré un berlingot de lait concentré qui trainait sur la table. Alors qu’elle le portait à sa bouche, elle s’aperçut qu’il était engorgé. Alors qu’elle pressait le tube, elle comprit, en voyant le teint marmoréen de son amie qu’elle venait de faire une énorme bêtise. Des aspérités du tube, jaillit une rivière de virus qui éclaboussa tout son visage. La couleur verdâtre de l’épais liquide était sans équivoque. Si dans les 48 heures, elle sortait en boutons, on pouvait écarter une éruption vernale et certifier avec exactitude une intoxication alimentaire. Il ne lui restait plus qu’à espérer que ce ne soit les seuls symptômes…

Des mots, une histoire : récolte 38

Sur une proposition de jeu d’écriture proposée par Olivia

Les mots imposés : inconnu – restriction – claire – test – transmission – masque – zèle – louvoyer – émerger – arquebuse – pétiller

La théorie du complot

Comment résoudre le problème des retraites ? Tout simplement en laissant émerger un petit virus inconnu de derrière les étals d’un marché chinois. En le faisant pétiller de bouche en bouche, on devrait se débarrasser allègrement d’un bon nombre de 64 ans et plus non ?

Tu tousses ? Tu mouches ? Hop ! Un petit test et tu te retrouves en quarantaine dans un village de vacances, en restriction de tout. De toutes manières, des masques, y en a pas, puisque toutes les usines de fabrication sont en Chine… C’est ballot hein ! Du coup, la transmission de vieux en vieux va mettre une bonne claque à ceux qui font du zèle.

Plus besoin de 49.3, de réforme des retraites et terminée la crise du chômage ! C’est clair comme de l’eau de roche non ?

Moi, je dis qu’il faut arrêter de louvoyer et appeler un chat un chat ! Nos politiques sont tous des vendus !

En attendant, on m’a dit que de boire trois quatre verres d’arquebuse cul-sec, ça freine la contagion ! Hips !

Allez Tchin ! En attendant la fin du monde, on se soigne !

Des mots, une histoire : récolte 37

Sur une proposition de jeu d’écriture d’Olivia

Les mots récoltés sont : Musique – Cigognes – Arbre – Quarantaine – Hésitation – Envoutement – Copeaux – Sonner.

Cette manie avait commencé quand j’étais enfant et je m’étais souvent fait sonner les cloches quand, au moment du bain, ma mère n’arrivait pas à mettre la main sur la savonnette. Je pouvais lui chantonner toutes sortes de musiques, elle me faisait les gros yeux et filait directement dans le jardin. Elle savait qu’une fois subtilisés, les savons seraient savamment enveloppés et cachés au creux de l’arbre mort.

Pour moi, la texture, l’odeur, la douceur du savon, c’était comme un envoutement, une délectation des sens, un cocon de bonheur… Au fil du temps, j’appris à le transformer avec application.

Voilà bien une quarantaine d’années que j’avais dépassé le statut de la marotte d’enfant, pour un travail d’artisanat d’art, du copeau retiré du bout de l’ongle, à la sculpture élaborée. L’hésitation n’avait plus lieu d’exister d’autant que ma fille, m’avait demandée de sculpter une jolie cigogne en l’honneur de la naissance de son fils…