Atelier d’écriture 352 : Bric à Book

© Gemma Evans

Proposition d’écriture de Bric à Book à partir de cette photo.

L’aube arrive… Il va me falloir m’effacer avant que les premiers rayons du soleil inondent le hall de l’orangerie. J’ai attendu toute la nuit, mais ils ne sont pas revenus. Depuis leur dernière intrusion dans le château, je suis comme chamboulée. L’un d’eux m’a effleurée sans même sans rendre compte. Mais pour la première fois en plus de 150 ans, j’ai ressenti comme de la chaleur dans ma poitrine. J’ai eu cette impression de vivre ! Est-ce possible ?

Contrairement à d’autres explorateurs, eux, ils étaient précautionneux et respectueux des lieux. Affublés d’étranges petites lampes sur leur front, ils déambulaient dans la bâtisse, photographiant objets, tentures, tableaux et s’attardant sur la béance due à ce terrible incendie. Incendie qui avait détruit une partie des communs, les 3/4 du premier étage dont la chambre où je reposais. En quelques minutes, les flammes étaient venues à bout de l’avenir d’une jeune femme de 19 ans.

Je ne sais toujours pas pourquoi je suis restée prisonnière de cette frontière entre la vie et la mort, mais j’aimerais tant que cela cesse !

Ils sont revenus plusieurs nuits d’affilée et la dernière fois, j’ai déployé tous les moyens pour communiquer avec eux : claquement de portes, déplacement d’objets, grincements de parquets… Le risque majeur était de les effrayer et de les perdre à jamais, mais j’avais tant besoin de leur « crier » ma rage ! Et puis, j’ai remarqué son regard quand il a croisé le mien sur ce tableau où Manet, un ami de la famille avait peint mon portrait !

Jeune femme blonde aux yeux bleus – Edouard Manet

J’y ai vu de la curiosité, de l’attirance pour cette inconnue brulée vive… J’ai ressenti les questionnements, son besoin d’en savoir plus sur qui j’étais, qui je suis… J’ai remarqué aussi la buée dans ses yeux quand j’ai malencontreusement décroché mon portrait alors qu’ils quittaient les lieux.

Je ne crois pas qu’ils reviendront. Mais je sais que l’urbex est en vogue et que probablement d’autres explorateurs viendront fouiner dans ce manoir. J’espère que certains, moins farouches, s’attarderont et sauront enfin me libérer de l’emprise du temps.